Le projet consiste à la rénovation et l’agrandissement de la crèche du chat située sur la rue Emile Lecomte 43 à Uccle.
Celle-ci a été inaugurée en 1992. Elle avait initialement été conçue pour vingt-quatre enfants, soit deux sections (douze petits et douze grands).
La pédagogie relative à la petite enfance d’une part et la poussée démographique d’autre part, ont fait que la crèche, dans son état initial, était devenue obsolète et manquait cruellement de place.
Le collège des bourgmestre et échevins a donc chargé le service architecture de la commune d’établir un projet d’extension qui s’est fait en collaboration étroite avec l’équipe d’accueil, l’ONE et les représentants des pouvoirs subsidiants.
L’objectif était de créer une nouvelle section de façon à pouvoir passer de deux à trois unités afin de faire évoluer les enfants suivant les nouvelles normes de la petite enfance, tout en augmentant la capacité de la crèche.
La solution de construire un étage supplémentaire et un niveau technique s’est imposée afin de répondre à ces demandes.
La nouvelle configuration a permis de répartir les enfants de la façon suivante :
– Au niveau 00 : les enfants les plus grands ;
– Au niveau 01 : les « moyens » ;
– Au niveau 02 : les bébés.
Cela représente un total de quarante-deux enfants (six fois sept enfants).
L’administration communale souhaitait également saisir l’opportunité de ces travaux pour rénover la partie existante de la crèche et la rendre conforme aux nouvelles exigences de l’ONE, à la performance énergétique des bâtiments (PEB), et aux normes d’incendie, d’électricité et de ventilation.
Pour des raisons évidentes de sécurité, les travaux se sont faits dans la crèche inoccupée. Les enfants ont été accueillis dans une autre crèche communale.
Critère 1 : La durabilité (5 points)
La durabilité n’est pas seulement un critère qui se mesure en consommation de CO2, en utilisation de matière première ou en transport. La durabilité d’un projet est avant tout sa capacité à durer dans le temps. Les choix de volumes, des matériaux et des équipements qui composent ce projet ont été faits dans ce sens.
Même si une attention a été apportée sur les émissions de CO2 des matériaux utilisés, cela n’a pas été le seul fil conducteur pour guider nos choix. Cela est un subtil équilibre entre le programme, le contexte, l’architecture et la volonté de faire durer ce bâtiment dans le temps.
Dès le début de la conception du projet, la question de la durabilité de celui-ci a été évoquée. Pas seulement pour donner une image « verte » mais tout simplement parce que la durabilité d’un projet est tout d’abord sa capacité à durer dans le temps. L’utilisation de matériaux ayant un entretien aisé et qui vont perdurer intact dans le temps est donc indispensable.
Le service d’architecture de la commune d’Uccle a la chance d’avoir en main la conception des bâtiments. De plus, la maintenance de ceux-ci est également gérée en interne. Il est donc impératif que les choix faits dès la conception facilitent le travail des ouvriers ou en tous cas, n’entrainent pas des interventions répétées pour remplacer et/ou nettoyer les matériaux et éléments mis en œuvre.
Le premier pas que nous avons fait pour créer un bâtiment le plus durable possible, et qui n’implique en rien le choix de matériaux, est la mise en place d’une volumétrie n’ayant aucun impact pour l’imperméabilisation du sol. En effet, pour créer cette extension de crèche, nous avions deux options :
– Etendre le bâtiment en intérieur d’ilot ;
– Augmenter verticalement le volume de la crèche.
Nous nous sommes orientés vers la deuxième solution afin de ne pas diminuer la taille du jardin de la crèche. En effet, celui-ci est une chance pour les enfants qui peuvent en profiter les jours ou la météo est clémente. Le volume a été travailler de la façon la plus compacte possible afin de limiter les déperditions thermiques. Monter contre le mur mitoyen plutôt que de s’étendre en intérieur d’ilot permettait de réduire les surfaces exposées.
La troisième raison est le fait que nous ne souhaitions pas augmenter la surface perméable du projet. Laisser l’eau s’infiltrer dans le sol est un moyen d’arroser naturellement toutes les plantes et le potager de la crèche qui est au cœur du projet pédagogique de celle-ci, mais également de ne pas rejeter à l’égout les eaux de pluie pour éviter une saturation du réseau.
Dans la même idée de continuer à gérer l’eau sur la parcelle, nous avons mis en place une citerne dans laquelle est puisée une partie du volume nécessaire pour remplir les chasses des WC de façon à diminuer la consommation de la crèche.
En ce qui concerne la structure, nous nous sommes rapidement confronté à un problème de capacité portante des fondations. En effet, le fait de monter pour ne pas étendre la crèche au sol a eu pour impact de surcharger les fondations existantes. Pour résoudre cette contrainte technique, nous avons opté pour une structure en mur CLT, plus léger que béton ou du métal. Cela dans le but d’alléger l’extension, tout en permettant de prescrire du bois issu de forets durables.
Pour isoler la structure, plutôt que de mettre un matériau isolant à base de pétrole comme cela peut être le cas classiquement, nous avons optée pour une laine minérale. Nous l’avons choisi imputrescible ce qui a évité de placer au-dessus un pare-pluie.
La laine minérale a été utilisée pour isoler toute la nouvelle partie de la crèche, murs, terrasses et toiture.
Suite à l’analyse urbaine, il a été logique que le matériau de façade principal choisi soit la brique. Présente dans la majeure partie du quartier, celui-ci offrait une continuité urbanistique et architecturale avec la partie existante de la crèche et les bâtiments voisins. La pose de celle-ci, sa durée dans le temps et son entretien minime dans le temps en font un matériau durable puisqu’il ne nécessite aucun traitement, qu’il se nettoie sans aucun produit et que ce matériau reste pérenne. Comme expliqué en introduction, cela en fait un critère essentiel à nos yeux.
De façon à diminuer l’impact du chantier sur l’environnement, nous avons notamment demandé que certains matériaux soient en partie composés de matériaux recyclés. Nous avons également imposé un tri des déchets dans le cahier des charges.
Avant le début du chantier, les ouvriers communaux ont démonté les WC, luminaires, évier, lavabos, lave mains, vidoirs… afin de les stocker dans nos entrepôts. Cela dans le but de les réutiliser dans d’autres bâtiments. Une partie des carrelages a été maintenu en place et simplement repeint afin d’éviter un démontage, mise en décharge et la pose de nouveaux carreaux.
Dans la continuité de ce premier test de réutilisation/conservation des matériaux, nous développons actuellement un projet ou nous avons fait appel à une société spécialisée dans le démontage et la remise en place d’équipements. Grace au projet de la crèche, nous avons pu montrer que cela était possible et nous continuons à développer cette idée.
Tous les équipements de ventilation, chauffage, production d’eau chaude…sont accessibles à distance via une GTC. Tous les réglages sont faits automatiquement de façon à ce que personne n’ait à se préoccuper de la technique. Les ajustements se font automatiquement en fonction du climat via des sondes externes et internes qui gèrent la température pour ajuter au mieux le confort des équipes et des enfants.
Un module spécial a été mise en place dans le TGBT afin de pouvoir contrôler l’extinction des luminaires le soir, après la fermeture de la crèche. Même si la majeure partie des luminaires sont sur détecteurs afin de les allumer seulement quand cela est utile, certains points lumineux étant sur interrupteurs (sanitaires par exemple), il a été prévu un module coupant tout l’éclairage (hors éclairage de sécurité) le soir, afin d’être certain qu’aucune lumière ne reste allumée la nuit.
La mise en place d’une structure bois, d’un éclairage LED, d’une isolation non issue des produits pétroliers, de la réutilisation de certains matériaux, de l’imposition d’utiliser des produits issus du recyclage…ont été un premier pas pour limiter l’impact de nos projets sur la production de CO2 et sur le réchauffement climatique.
Pour poursuivre cela, l’installation technique de la crèche sera bientôt complétée par la mise en place de panneaux photovoltaïques sur la toiture inclinée. Nous n’avions pu les intégrer directement pour des raisons budgétaires du dossier mais nous avons déjà mis en place les fourreaux, chemin de câble, réserves…afin d’accueillir ces équipements. Un local technique a été libéré durant le chantier pour permettre la mise en place des onduleurs et autres équipements nécessaires à l’installation de cette technologie.
Ce projet a permis de prendre conscience qu’il était possible d’arriver à une qualité architecturale tout en intégrant des éléments durables simples et de bons sens, sans que cela n’impacte le projet.
Depuis, nous avons continué sur cette lancée et ne manquerons pas de vous présenter nos futurs projets dans les années à venir qui nous l’espérons, seront de plus en plus performant et tirerons les enseignements de ce premier pas vers la diminution de l’impact environnemental de nos constructions.
Critère 2 : Le caractère sociétal (3 points)
Il est assez évident que l’agrandissement d’une crèche est un enjeu majeur dans la qualité de vie des citoyens qui veulent devenir parents. Le coût des crèches privées représente un impact important sur le budget des familles. Avec cette extension, nous avons permis l’ouvertures de 18 nouvelles places dans cette crèche.
De plus, la meilleure isolation du bâtiment a permis une réduction des consommations énergétique et donc une meilleure utilisation des finances publiques.
Les inscriptions aux crèches communales n’étant absolument pas régit par des critères, n’importe qui peut
prétendre à avoir sa place dans la crèche.
Même si tout le monde peut faire une demande, il n’en demeure pas moins que la capacité d’accueil des crèches communales est toujours insuffisante et que certains parents ne peuvent malheureusement pas toujours obtenir une place.
Afin de ne limiter l’accès à personne, elle est entièrement accessible au personne à mobilité réduite. Tout a été réalisé en conformité par rapport au titre IV du RRU et afin de permettre l’accès à toutes les sections à d’éventuels parents, grands-parents ou travailleurs en situation de mobilité réduite, un nouvel ascenseur a été intégré dans le projet. Celui-ci permet également d’aider au quotidien les personnes y travaillant (transport des repas préparés au niveau 00, transport du linge jusqu’à la buanderie au niveau 02 notamment). En effet, il est tout aussi important de permettre l’accès aux personnes en situations de handicap, que de ne pas en créer de nouveaux problèmes pour les personnes valides qui travaillent ici.
L’installation électrique de la crèche a été entièrement refaite afin de correspondre aux dernières normes en vigueur. Cela a été suivi par un bureau d’étude et évidemment réceptionné par un organisme de contrôle. Pour compléter cela, une détection incendie généralisée a été mise en place afin de détecter le moindre départ de feu dans la crèche. Cela y compris tous les faux plafonds et les gaines techniques. Nous sommes même allés jusqu’à mettre des détecteurs dans le vide ventilé puisque des sources potentielles de feu y sont présentes et un départ de feu totalement invisible pourrait s’y produire.
Lors de l’établissement du permis, le pompier a demandé l’installation d’un second escalier afin de permettre l’évacuation du niveau 02 par deux sorties. Même si cela n’est pas demandé dans l’arrêté royal incendie de base, nous avons bien évidement mis en place cet escalier. Plutôt que de le prendre comme une contrainte (même si c’était le cas), nous en avons profité pour créer un escalier « sculptural », qui a donné pas mal de travail à l’ingénieur en stabilité afin d’arriver à le faire tenir d’un seul tenant, sans colonne et en une pièce. Il en résulte un objet participant au caractère architectural de la crèche tout en permettant d’assurer sa sécurité.
Comme déjà évoqué, nous avons fait le choix d’augmenter la crèche en hauteur et non pas en profondeur pour conserver intact le jardin. Il était pour nous hors de question de diminuer sa superficie qui en plus de priver les enfants d’espaces extérieurs, allait augmenter la surface perméable du sol. Tout a été maintenu en place, aucun arbre n’a dû être abattu, ni avant, ni après le chantier puisque l‘entreprise à veiller lors du stockage des matériaux à ne rien endommager de la flore présente dans le jardin.
Dans le cadre du marché de travaux pour construire la crèche, nous avons également imposé à l’entreprise de consacrer un équivalent de 100 journées de travail pour des personnes en insertion. Cela permet d’utiliser une partie du montant des travaux pour donner l’occasion à des personnes de trouver/retrouver un travail.
Critère 3 : L’innovation (2 points)
Le projet de la crèche a été le premier projet de la commune fait en BIM.
La partie architecture, stabilité et techniques spéciales, ont toutes les trois été modélisées en 3D puis comparées via le logiciel Naviswork afin d’identifier les « clashs » entre les différents éléments. La coordination a pu être anticipée limitant ainsi les problèmes de coordination sur chantier.
Maquette techniques spéciales Maquette techniques spéciales + stabilité -> gestion des clashs
De plus, la structure bois a été totalement modélisé en 3D par le sous-traitant ce qui a permis de la préfabriqué entièrement et de la monter très rapidement. Là aussi, grâce au travail en 3D, il a été plus facile de comparer ce que nous avions modélisé et ce que le sous-traitant prévoyait.
Cela n’a bien évidemment pas éviter tous les problèmes mais nous avons pu intégrer directement les réservations pour les gaines dans les plancher et dans certains éléments bois.
Comme déjà évoqué, un des éléments particuliers de la crèche est l’escalier extérieur. Demandé et imposé par le pompier, nous en avons fait un élément architectural du projet. Initialement, plusieurs options avaient été imaginées pour satisfaire cette exigence en appliquant le long des façades des escaliers métalliques préfabriqués pour évacuer le deuxième niveau.
Aucune des pistes envisagées ne nous satisfaisant, nous avons décidé de dessiner l’escalier mis en place aujourd’hui. De nombreuses discussions ont eu lieu avec l’ingénieur en stabilité afin de le réaliser sans aucune colonne. En effet, celles-ci seraient tombées en plein milieu de la terrasse ou les enfants jouent. De plus, l’absence de colonne participe à la légèreté de celui-ci, lui donnant l’impression de flotter au-dessus de l’espace de jeu entre le niveau 02 et le jardin.
Après avoir monté un mock-up en bois de l’escalier sur base de la modélisation 3D, les ferronniers ont pu produire la structure de celui-ci. Elle est arrivée déjà assemblée en une pièce et il a fallu la déposer en intérieure d’îlot, depuis la rue, avec une grue mobile, en passant par-dessus le bâtiment.
Une bonne coordination entre architecte, ingénieur et ferronniers a permis de réaliser cet élément conformément aux attentes.
La pose de la brique avec deux épaisseurs différentes, notamment au-dessus du mur pignon existant, a été un exercice intéressant pour les maçons. En effet, il a fallu calepiner précisément toutes les façades de façon à maintenir les niveaux d’un côté à l’autre du volume, tout en conservant la partie existante sur lequel venait s’appuyer la nouvelle structure bois. La volonté de départ de conserver la trace initiale de la crèche à permis de créer un joint creux entre la partie existante et la nouvelle extension, donnant l’impression que le nouveau volume ait été déposé sur l’ancien, afin de le compléter.
Il faut reconnaitre que les maçons de l’entreprise ont fait un travail remarquable sur la pose de la brique et des pierres bleues au niveau découpes et alignement avec les linteaux et les seuils des châssis puisque ceux- ci s’alignent sur tout le tour de la crèche.
Durant le développement de ce projet, nous avons pu mettre en place plusieurs choses permettant de tendre vers une conception plus durable.
Cela nous a permis de donner un nouvel élan dans la façon de concevoir les projets.
Nous avons depuis intégrer systématiquement ces bons réflexes pour nos conceptions. Nous avons continué à développer l’utilisation de matériaux plus durable et locaux notamment en proposant un bâtiment en pisé pour le cimetière de Verrewinkel ou encore en suivant les recommandations d’une étude Totem pour le choix des matériaux de l’un de nos derniers projets.
Ces projets sont prévus pour les années à venir et nous aurons certainement l’occasion de vous présenter cela lors des prochaines éditions des Publica Awards.





